Steph Cop
Steph Cop est né en 1968 dans un Paris en chantier. Il a grandi au milieu des travaux du quartier des Halles, cœur populaire de la capitale, qui allait accueillir à grand fracas le centre Pompidou et l’art contemporain. Entre l’école près du Louvre et des Tuileries et les fontaines Stravinsky, deux mondes s’entrechoquent. Le terrain de jeu de l’enfance est le concentré d’une histoire de l’art à la fois linéaire et brisée. Dans ce vacarme, le silence que Steph Cop a gardé en disait plus que la sonorité des mots. Il fallait trouver un autre langage pour approcher l’indicible : inventer, construire, mettre en forme pour faire entendre sa singularité. Un rêve : l’école Boule, mais la voix a manqué. Les livres d’art de la bibliothèque du quartier racontaient d’autres mondes possibles. La solitude était une vitalité nécessaire pour accueillir, avec une curiosité insatiable, ce qui pouvait s’élaborer du chaos ; elle l’est restée. Un premier livre acheté, catalogue d’exposition aujourd’hui encore si précieux et rassurant qu’il faudrait le compter parmi les actes qui jalonnent un devenir. Des encyclopédies d’art japonais reçues en cadeau, auxquelles feront écho des voyages de la vie d’adulte à la rencontre de la manière si singulière d’honorer la lenteur et l’épure, de donner sens au détail. Le Japon : un ancrage possible, un lieu de ressources profondément arrimées sous la surface d’une absurde frénésie postmoderne. Steph Cop ne transige pas avec le non-sens. Ses choix de vie sont tissés de ruptures quand l’insignifiant vient à se présenter.

À l’entrée dans l’âge adulte, la période du graffiti, éminemment social et politique autant qu’artistique, mais que Steph Cop pratique comme un jeu. Certains de ses compagnons de route de l’époque ont gagné là leur notoriété d’artistes ; Steph Cop a préféré en faire un matériau pour fabriquer, à la manière d’un artisan-créateur, des textiles logotypés. Un dire avec des formes, mais dénué de poésie. L’entreprise devenait florissante, mais l’insensé devait s’arrêter.

Le changement de siècle sera radical pour Steph Cop, qui s’exile pour finalement trouver son lieu dans les paysages abrupts du Morvan. Une maison dans un village inconnu, même si des racines familiales se trouvent non loin. Il découvre que cette maison fut celle du sourcier croisé dans l’enfance : elle sera son atelier, car dans cette période charnière de l’existence s’écrivait la genèse de A.R.O, structure langagière et créatrice de l’œuvre. A.R.O est né d’une écriture singulière où les mots s’articulent à des formes et des volumes. L’artiste trouve son axe et sa syntaxe, sa manière de parler à la première personne, sa manière de composer avec l’indicible. Au-delà de trouver son lieu, trouver son centre de gravité, à partir duquel une énergie créatrice peut se déployer. A.R.O s’est dessiné d’un cube imaginaire, support de mots-clés jaillis de l’introspection. Des maux à l’usage des mots, finalement découverts dans toute leur épaisseur et leur relief. Les mots prennent la forme de la sculpture. Cette terre du Morvan, Steph Cop l’explore en courant, chaque jour, confrontant les temporalités. C’est une rencontre avec les arbres, leur complexité, les marques de leur histoire. Il faut couper du bois mort pour l’hiver. Se révèle une maniabilité inattendue de la tronçonneuse dans le corps à corps avec la matière ductile du bois. L’Art fait vacarme comme les chantiers du décor de l’enfance. L’Art naît du silence, pour le rompre. Steph Cop apprend des arbres, qui vieillissent en sculptant leur propre récit. Formes et lignes témoins de leur vitalité et de leurs failles. Quercus Robur, le chêne pédonculé, est une figure tutélaire. A.R.O devient forme sculptée dans le tronc des arbres morts, sur pied au couchés. La suite ordonnée de A.R.O qui constitue l’œuvre de Steph Cop est une sortie du silence, une trame de vie, à travers le destin ainsi prolongé de l’arbre.

La recherche qui s’est incarnée dans la série de figures de A.R.O en arrive, pour l’artiste, à se terminer. Steph Cop revient alors puiser une nouvelle énergie dans le cube. Un nouvel élan créatif est en genèse, les mots vont s’articuler à de nouvelles formes sculptées qui toujours associent l’épure à la force d’une gravité. L’étude préalable des volumes par le dessin est un moment essentiel dans ce travail. De même, écriture et sculpture sont consubstantielles dans l’œuvre de Steph Cop, qui tient son journal quotidiennement : l’architecture des mots permet de retenir les pensées fugaces qui imaginent l’œuvre en création, ils sont matière intégrante de la sculpture. Chaque série dans l’œuvre de l’artiste est accompagnée d’un livre : les textes sont l’imaginaire de l’œuvre.

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