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Medhi Cibille Aka Le Module De Zeer
© Yann Rineau
MEDHI CIBILLE AKA LE MODULE DE ZEER

Mehdi Cibille Aka Le Module De Zeer

Né en 1976 en banlieue parisienne, à Sartrouville, il vit et travaille actuellement à Aix-en-Provence

Mehdi Cibille explore depuis le début des année 2000 l’élasticité visuelle et graphique d’une forme, quatre sphères reliées les unes aux autres par de petites rotules. Cet objet réticulaire tracé en noir, d’un trait épais qui délimite et contient, est Le Module De Zeer, pour Zone expérimentale d’expression relative. Multipliant, étirant, isolant, condensant, déformant à l’envie cette forme, la mettant à l’épreuve de multiples espaces, supports et échelles, Mehdi Cibille interroge tout autant la permanence plastique que la perpétuelle évolution d’un logo devenu logos, à la fois raison d’être et élément d’un discours visuel. Ici, une seule lettre tient lieu d’alphabet. Elle permet à Mehdi Cibille de créer un univers plastique et métaphysique, de mettre en jeu, comme acteur et spectateur, l’autonomisation de la forme artistique.

Dans une exploration qui vise à créer un univers homogène, à partir d’autoréférences formelles qui se nourrissent d’elles-mêmes jusqu’à devenir des entités autonomes, Mehdi Cibille devient « artisan » du Module De Zeer. Il investit la rue, la ville et ses espaces interstitiels. Murs, parcs, bâtiments désaffectés, friches industrielles seront le premier territoire de son art, un art urbain donc – du Street Art – mais surtout un acte social et politique qu’il prolonge par un travail en galerie. Chaque intervention lui permet de pousser Le Module De Zeer au-delà de ses propres limites. Le motif, parce qu’il s’agit bien d’un motif (une raison, un prétexte autant qu’un thème et un dessin), se métamorphose au gré des transformations que lui impose l’artiste. Quels que soient le contexte et le support, l’artiste immisce toujours son action là où il décèle une faille, un paradoxe, une contradiction dans l’espace public. En un mot, il va au contact, se frotte, se confronte, et par-là même interpelle et invite à prendre place dans le collectif, dans ce qui fait société. L’art comme ultime mise en abyme.

Éléonore Marantz, historienne de l’architecture, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (École d’Histoire de l’art et d’archéologie).